Design d'intérieur & aménagement créatif par Maison Rincourt
Vu depuis le port de Montréal, on dirait un empilement de blocs Lego géants posés au bord du fleuve. Vu de près, l'expérience est toute autre. Depuis près de 60 ans, Habitat 67 fascine autant qu'il déroute.
Retour sur l'histoire de ce complexe résidentiel iconique, signé par un architecte alors âgé de seulement 24 ans : Moshe Safdie.
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En 1963, Moshe Safdie, étudiant en architecture à l'Université McGill, présente comme projet de fin d'études un concept baptisé « l'appartement du futur ». Il y imagine des modules de logement empilés sur 20 à 30 étages, organisés dans une structure en forme de tour-cadre : l'idée fondatrice d'empiler des unités d'habitation comme des blocs.
Safdie fait évoluer sa réflexion vers un habitat pensé pour la classe moyenne, avec une ambition urbaine bien plus large qu'un simple immeuble résidentiel. Son projet initial prévoyait :
1 200 logements
Des commodités intégrées : écoles, commerces, espaces de bureaux ; une véritable communauté autosuffisante
Une structure en forme de « collines », avec des unités reculant étage par étage à la manière de gradins
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Le projet est déposé en 1964 dans le cadre de l'Exposition universelle de Montréal et retenu par le jury. Mais l'ambition initiale se heurte vite à la réalité financière : budgété à 42 millions de dollars, le projet est finalement réduit à 15 millions.
Safdie doit revoir drastiquement son concept. Seule une petite portion du projet urbain d'origine sera conservée, et l'architecte, qui n'appréciait pourtant pas ce matériau, se retrouve contraint d'utiliser massivement le béton.
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Le résultat : trois pyramides composées de 354 modules, reliées par des passerelles couvertes inspirées de Le Corbusier, pensées pour permettre aux résidents de se déplacer à l'abri de la pluie, du froid et de la neige. Pour visualiser l'empilement, Safdie s'est d'ailleurs appuyé sur... des blocs Lego.
Chaque module résidentiel est une boîte de 55 m², construite comme une unité complète ; plomberie, électricité, cuisine, salle de bain, à laquelle s'ajoute une terrasse représentant un tiers de la surface. Les modules, préfabriqués directement sur le site, sont ensuite hissés par grue et empilés pour former les trois pyramides. Chaque boîte pèse jusqu'à 80 tonnes, et l'ensemble de la construction n'aura pris qu'un an.
En 1967, les appartements sont vendus à l'unité : les acheteurs peuvent en cumuler jusqu'à quatre pour agrandir leur logement au fil de leurs besoins.
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Aujourd'hui, Habitat 67 compte 148 appartements pour environ 200 résidents. Le bâtiment a été classé monument historique le 27 mars 2009. S'il est interdit de modifier la structure extérieure, les propriétaires bénéficient d'une liberté totale à l'intérieur de leur unité.
Ironie de l'histoire : un projet pensé à l'origine pour la classe moyenne est devenu un symbole d'exclusivité. Les appartements, certes magnifiques, se vendent aujourd'hui autour d'un million de dollars, sans compter des frais de copropriété pouvant aller de 20 000 à plus de 40 000 dollars par an.
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Si vous passez par Montréal, la visite guidée architecturale d'Habitat 67 est vivement recommandée. Elle permet notamment de découvrir l'appartement que Moshe Safdie occupait lui-même, qu'il a légué à l'Université McGill pour les visites guidées et les étudiants en architecture.
On y retrouve le parquet et les luminaires d'origine, des plafonds bas, et une esthétique presque japandi qui contraste avec le brutalisme extérieur du bâtiment. Chaque détail y a été pensé avec justesse : aérations, prises électriques, chauffage, luminaires, tout respire la simplicité et le minimalisme.
En résumé
Habitat 67 a été, à l'origine, un flop financier. Il est aujourd'hui devenu un privilège réservé à quelques-uns, mais surtout un chef-d'œuvre architectural incontournable, véritable témoin de l'audace d'un jeune architecte de 24 ans devenu l'un des plus grands noms de l'architecture mondiale.
Découvrez en images l’histoire complète d’Habitat 67 dans la vidéo ci-dessous.
Sources images
Courtesy Safdie Architects / Moshe Safdie / Arnott Rogers Batten Ltd. / Jerry Spearman / unrealengine / Bettmann Archives / Victor Finkel / Getty images / Olivier Parini / Moshe Safdie Archive / Marc Kramer and Thomas Miau / Centris